Ich grenz’ noch an ein Wort, und ein anderes Land, 2025

 

Narva occupe une position singulière à la frontière entre l’Estonie et la Russie, où l’identité locale se construit entre deux cultures. La grande majorité de ses habitants est russophone, reflet de cette histoire partagée. La ville a été presque entièrement détruite après la Seconde Guerre mondiale, puis reconstruite sous l’ère soviétique. Cette situation nourrit aujourd’hui une identité complexe, à la fois estonienne et profondément marquée par la culture russe. 

Narva est séparée de la Russie et de la ville Ivangorod par le fleuve du même nom Narva.

Dans le cadre de mon séjour à la résidence d’artistes NART à Narva (Estonie), j’ai réalisé une intervention in situ sur les murs de l’usine Kreenholm. Ce vaste complexe industriel aujourd’hui désaffecté se situe au milieu du fleuve, entre les deux pays. Fermée définitivement en 2010, cette ancienne manufacture textile constitue un lieu chargé d’histoires, où se superposent mémoire ouvrière, effacement progressif et transformations urbaines.

J’y ai dessiné le tracé du fleuve reliant Narva-Jõesuu à Kreenholm. Une ligne d’eau, qui marque la frontière entre la Russie et l’Estonie, et qui fonctionne comme une limite géopolitique et un lien continu entre deux territoires, deux cultures et deux histoires. En dessinant cette frontière dans l’espace intérieur de l’usine, je propose une relecture symbolique de cette limite : une ligne fragile, invisible, dont la présence influence profondément le paysage et les relations humaines. Le jour de la réalisation du dessin, cette frontière réelle se situait à seulement une centaine de mètres du lieu d’intervention.

Ce geste s’inscrit dans une recherche plus large autour des formes cartographiques et des manières dont elles traduisent – ou trahissent – nos perceptions du territoire. À travers cette œuvre, j’interroge la relation entre représentation et réalité, la persistance des seuils entre espaces politiques et culturels, ainsi que la vulnérabilité d’une situation aujourd’hui à nouveau menacé par la possibilité d’un conflit. 

„Ich grenz’ noch an ein Wort, und ein anderes Land“, “Je borde encore un mot, et un autre pays”, citation de Ingeborg Bachmann, “Böhmen liegt am Meer”, 1964

Projet réalisé pendant une résidence à NART, Narva, soutenu par IFA_ Ausstellugnsförderung 2026

 

Entre (Frontière, Narva), 2025  _ “ Ich grenz’ noch an ein Wort, und ein anderes Land.” Crayon, or, aquarelle ocre, 350*130 cm, dessin réalisé dans l’usine de textile sur l’ile de Kreenholm, à Narva, Estonie _ © Claire Laude, VG_Bildkunst

Le mur (Ich grenz’ noch an ein Wort, und ein anderes Land, 2025), © Claire Laude, VG Bildkunst

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